Combinés dans les Écrins
On me demande souvent de choisir : « Tu préfères le ski ou l'escalade ? La glace ou le rocher ? » Réponse de Normand : ça dépend des conditions. La vraie richesse des Écrins, c'est justement de ne pas avoir à choisir surtout au printemps, quand l'hiver s'attarde en altitude pendant que le rocher sèche en adret. Petit florilège des séjours combinés de cette saison.
Ski & alpinisme hivernal à la journée
Le téléphérique de La Grave a beau être surtout connu des freeriders, c'est aussi un formidable ascenseur pour l'alpiniste : depuis le col des Ruillans (3211 m), les voies normales du Râteau (3769 m) et du Pic de la Grave (3667 m) se parcourent à la journée, skis aux pieds pour l'approche. Et le fin du fin : une fois la course dans la poche, s'offrir les 2000 m de descente des célèbres vallons de la Meije jusqu'au village. Un combo que j'ai eu la chance de faire deux fois cette année.
Fin février, avec Agathe, Paul et Clément, nous prenons la première benne. Du col des Ruillans, nous remontons à ski le glacier de la Girose jusqu'au pied de l'arête W du Râteau. Là, les peaux laissent place aux crampons : une arête effilée, une vire versant sud, un ressaut en IV où l'on pose les mains sur du bon rocher, de l'alpinisme concentré, avec un panorama somptueux sur tous les sommets enneigés du massif. Au retour aux skis, la récompense : une neige agréable dans les faces nord puis descente par les vallons de la Meije jusqu'à La Grave. Une journée qui condense glacier, arête, rocher et ski.
Glace, ski & alpinisme : la semaine de Pierre
La deuxième fois, c'était mi-mars, avec Pierre, sur une semaine pensée comme un menu dégustation. L'envie de Pierre : s'adapter aux conditions. Nous avons donc composé le programme au jour le jour, selon celles-ci et la météo : une première journée de cascade de glace pour apprivoiser les piolets et les crampons, l'arête W du Râteau dès le lendemain pour mettre tout ça en pratique en haute montagne, un retour dans les cascades pour affiner la gestuelle, et une journée de ski de randonnée pour finir en glisse.
C'est exactement ça, l'intérêt d'un séjour multi-activité : chaque journée nourrit la suivante, on alterne les terrains sans jamais lâcher le fil, et on rentre avec l'impression d'avoir vécu quatre séjours en un.
Escalade & alpinisme de printemps
Louis m'a contacté ce printemps : un bon niveau en salle et en couenne, mais jamais pratiqué de course d'arête ni de grande voie, et l'envie de découvrir ces disciplines ; éventuellement le ski. Nous avons donc organisé un séjour sur mesure dans la vallée de la Guisane sur les ponts de mai, basés au sympathique gîte des Guibertes.
Premier jour en grosses : la traversée des arêtes de la Bruyère (AD, 2611 m), encore dans leur écrin de neige. Approche et retour sur une neige croûtée un peu pénible (le charme du printemps), mais là-haut, arête sèche, et pas un chat : nous étions seuls dans le coin avec les marmottes et les bouquetins. Une belle journée d'école d'arête pour une première : alternance de corde tendue et de petits ressauts, et la découverte pour Louis de l'usage des coinceurs. Exactement le terrain où l'on apprend à lire la montagne.
Le lendemain, changement de peau : les grosses restent au gîte et les chaussons sortent du sac pour Vendanges tardives (TD, 6c), aux contreforts de l'Aiguillette du Lauzet, la première grande voie de Louis. Une très belle voie, variée et entièrement équipée, mais à l'équipement aéré dans les trois premières longueurs avant que ça ne se resserre : de quoi apprendre la lecture, les manips de relais et la gestion de l'engagement entre les points, avec le bagage gestuel de la salle qui fait le reste.
Deux jours, deux paires de chaussures, deux facettes de l'alpinisme : c'est souvent dans ce contraste que les déclics se font.
Et vous ?
Ces séjours ont un point commun : aucun n'existait sur catalogue. Ils sont nés d'un email, de quelques échanges sur les envies, le niveau et les disponibilités, puis se sont ajustés sur place au gré des conditions. Ski, glace, rocher, arêtes, dans n'importe quel ordre : si l'idée d'un combiné dans les Écrins vous trotte dans la tête, contactez-nous et on construit ça ensemble.
Olivier Laurendeau