
Octobre m'a offert un voyage magnifique au pays du soleil permanent. La Jordanie, et plus précisément le Wadi Rum, ce vaste désert du sud parsemé de tours de grès aux formes surréalistes, sculptées par le vent depuis des millénaires.
Un terrain de jeu aux multiples facettes
Le Wadi Rum propose trois grandes familles de voies d'escalade, chacune avec son caractère propre.
Les voies bédouines d'abord, héritées des chasseurs d'ibex qui parcouraient ces montagnes pieds nus il y a des siècles. Ces itinéraires tortueux suivent la ligne de moindre résistance vers les sommets : pas forcément difficiles techniquement, mais le cheminement est retors et l'engagement réel. On y alterne marche, désescalade et passages d'escalade exposés. Certaines de ces voies sont parmi les plus anciennes au monde, avec des inscriptions nabatéennes datant de plus de 2000 ans gravées dans la roche.
Les classiques ensuite, parcourant les lignes de fissures évidentes qui zèbrent les faces. C'est l'escalade traditionnelle dans sa plus pure expression : coinceurs, friends et lecture du rocher. Le grès du Wadi Rum se prête remarquablement bien au placement de protections, et les systèmes de fissures offrent des longueurs d'une rare élégance.
Les modernes enfin, qui s'attaquent aux faces farcies de tafonis — ces cavités alvéolaires caractéristiques du grès désertique qui offrent des prises aussi improbables qu'esthétiques. L'escalade y est ludique, mais on doute parfois de la qualité des protections quand on ceinture d'une sangle une fine lunule de sable...
Lionheart : le coup de cœur
S'il fallait n'en retenir qu'une, ce serait Lionheart. De la première à la dernière longueur (ou presque), c'est un festival de fissures où tout le répertoire du coincement y passe : doigts, ring locks, mains, poings, hand stacks, off-width... Mieux vaut avoir révisé sa technique avant de s'y lancer ! Les passages durs sont courts, 2 à 4 mètres entre chaque repos, mais intenses. Une voie qui justifie à elle seule le voyage.
The Star of Abu Judaidah : l'étoile du canyon
Dans le Barrah Canyon, The Star enchaîne des longueurs d'une beauté qu'on ne pensait plus possible après avoir déjà grimpé The Beauty et Merlin's Wand. Attention toutefois au pas de bloc de la deuxième longueur : à 1m65, on a bien couiné pour passer. Les grands gabarits n'y verront que du feu, les autres devront ruser.
Atayek Hamad's Road : la fiesta du tafoni
Un style complètement différent. Ici, presque pas de fissures : on évolue de trou en trou dans un grès alvéolé, sculptural, presque organique. On trouve quand même le moyen de glisser quelques coincements — les gants de fissure restent au programme — mais l'essentiel du travail se fait en adhérence et en équilibre sur ces prises improbables. Une voie qui n'est pas encore une grande classique, quelques prises cassent encore, mais le voyage vaut le détour.
Merlin's Wand : la Supercrack du Rum
La voie iconique du Wadi Rum, ouverte en 1986 par Tony Howard et Wilf Colonna. Dans le Barrah Canyon, une fissure rectiligne fend la face nord du Jebel Abu Judaidah. Cinq longueurs soutenues en fissure, à l'ombre toute la journée — essentiel sous ce soleil. La quatrième longueur est particulièrement belle. Après la grimpe, pause thé au relais bédouin au pied de la voie, avant d'enchaîner éventuellement sur une autre ligne du secteur.
Bivouac sous les étoiles
Au Wadi Rum, l'escalade se vit en immersion totale. On rejoint les voies en 4×4 conduit par un guide bédouin, on peut bivouaquer au pied des tours ce qui offre l'opportunité de partage le thé sucré en immersion dans le crépuscule du désert. Le grès change de couleur avec la lumière, passant de l'ocre au rose, puis au violet à la tombée du jour.
Une parenthèse verticale dans un paysage lunaire, où l'on comprend pourquoi Lawrence d'Arabie voyait dans ces lieux « quelque chose d'inhumain et de divin ».
Olivier Laurendeau
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